Arts et Culture

Le territoire de l'Autriche actuelle est une vieille « terre de culture ». Si l'on y trouve des vestiges remontant à l'époque des Celtes (Hallstatt-Kultur) et des Romains (Noricum), les arts connurent une véritable « explosion » au Moyen Âge, lorsque les différents seigneurs commencèrent à rivaliser entre eux en affichant leur puissance et leur richesse à travers le mécénat et l'emploi des plus grands artistes dans tous les domaines, et les ordres religieux fondèrent à travers les monastères les premiers véritables centres culturels qui rayonnaient aux alentours, loin au-delà des frontières du pays.

Partout apparurent les châteaux-forts, la littérature et la science prospéraient, l'Autriche se trouvaient déjà au carrefour de l'Europe, entre l'Orient et l'Occident. Et déjà, on y apprécie la musique qui devait devenir et rester l'un des talents essentiels de sa population. À côté de la résidence ducale et bientôt impériale, Vienne, le siège du Prince-Archevêque de Salzbourg devait rapidement rivaliser avec la capitale en fastes et splendeurs.

Le Moyen Âge, comme ailleurs en Europe, a laissé des traces profondes en Autriche à travers ses vestiges romans et surtout gothiques, églises, monastères mais aussi quelques immeubles qui ont subsisté jusqu'à notre époque (maison « Großer Jordan » à Vienne). L'essor culturel du pays est intimement lié à la Maison des Habsbourg qui étaient à sa tête depuis le XIIIè siècle et dont les membres s'avéraient grands amateurs d'art et mélomanes. Les plus importantes collections de beaux-arts (Kunsthistorisches Museum, Albertina) sont les fruits de leur passion, certains Empereurs ont montré même quelque talent de compositeur (Leopold Ier). Vienne s'affirme de plus en plus comme le centre d'un Empire qui ne cesse de s'accroître, il est donc normal que les artistes de tout bord affluent vers elle.

Une deuxième période faste devait profondément marquer le paysage culturel et artistique du pays, le XVIIIè siècle avec les fastes du baroque. Rares sont les villes ou les villages en Autriche où l'on ne trouve pas, soit une petite église baroque, soit des traces de « baroquisation » des anciennes églises gothiques ou romanes. Le XIXè siècle apportera de nouveau de profondes transformations, le grand boulevard circulaire de Vienne, la Ringstraße, érigée sur l'emplacement des anciens bastions qui séparaient le centre ville des faubourgs, évoque à travers ses monuments officiels, tous les styles des époques passées en illustrant la fonction du bâtiment par une imitation du style de l'époque où l'institution en question a ses origines.

C'est ainsi que l'Église Votive et l'Hôtel de Ville sont construits en style gothique, l'Opéra et le Théâtre National, le Burgtheater, reprennent le style baroque, l'Université la Renaissance et le Parlement se présente sous forme de temple grec en hommage à la patrie de la démocratie. Le tournant du siècle voit apparaître un nouveau style, « l'Art Nouveau » ou « Jugendstil » (avec Otto WAGNER, 1841-1918, Josef HOFFMANN, 1870-1956, Gustav KLIMT, 1862-1918 et Egon SCHIELE, 1890-1918), doublé de la « Neue Sachlichkeit » (nouvelle objectivité) (Adolf LOOS, 1870-1933) où deux courants, l'un favorisant l'ornement parfois à outrance et l'autre cherchant à privilégier le fonctionnalisme et le côté pratique des objets et des bâtiments, rivalisent pour former ensemble les précurseurs de l'art du XXè siècle.

 

La Musique

Pour certains, « Musique » et « Autriche » sont presque synonymes. En Autriche, on trouve les plus grands compositeurs, les plus grands orchestres et solistes et la culture musicale tient toujours, comme depuis des siècles, une place prépondérante dans la vie des Autrichiens. La nomination du directeur de l'Opéra d'Etat de Vienne ou du Festival de Salzbourg tient de l'affaire d'Etat. La question s'est posée de savoir pourquoi précisément l'Autriche a été le théâtre de cet épanouissement de la musique.

L'hypothèse est avancée que le paysage ou le climat auraient contribué à ce développement, la situation géographique ou les composantes ethnographiques auraient également su susciter ce talent. Certains avancent les origines celtiques de la population ou le passage des grandes migrations où les différents peuples auraient laissé leurs traces… Quoi qu'il en soit, il est indéniable que l'Autriche est une terre de musique.

Les noms des compositeurs comme Josef HAYDN (1732-1809), Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791), Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827), Franz SCHUBERT (1797-1828), Anton BRUCKNER (1824-1896), Johannes BRAHMS (1833-1897), Gustav MAHLER (1860-1911), Hugo WOLF (1860-1903), Arnold SCHÖNBERG (1874-1951), Anton WEBERN (1883-1945), Alban BERG (1885-1935), sans oublier Johann STRAUSS fils (1825-1899) et sa dynastie, résonnent à travers le monde entier.

Les plus grands orchestres (Orchestres Philharmonique et Symphonique de Vienne) se produisent dans des salles de concert dont l'acoustique sert de modèle à la construction de salles dans le monde entier (Musikverein, Konzerthaus) et les plus grands solistes tiennent Vienne pour un passage obligé (et redouté) pour envisager une grande carrière.

L'Autriche, c'est la musique, c'est l'Opéra, c'est aussi le théâtre !

Le Théâtre

Cent cinquante théâtres à Vienne pour une population de un million et demi d'habitants au XIXè siècle, et complets tous les soirs, voilà une autre forme d'expression qui ravit les Viennois. Là aussi, les antagonismes: d'un côté le « classique » Franz GRILLPARZER (1791-1872), gardien de l'histoire et de la langue, maître de la tragédie, de l'autre les Johann NESTROY (1801-1862), Ferdinand RAIMUND (1790-1836), et autres Ludwig ANZENGRUBER (1839-1889), inaugurant une tradition de théâtre populaire encore vivante de nos jours, et au milieu des auteurs comme Arthur SCHNITZLER (1862-1931) et Hugo von HOFMANNSTHAL (1874-1929) mais également Ödön von HORVATH(1901-1938), qui marient la conscience historique avec une certaine critique sociale se servant des moyens de la comédie. Celle-ci trouve sa suite au XXè siècle à travers des auteurs comme Peter TURRINI (*1944) et Wolfgang BAUER (*1941) ou bien Thomas BERNHARD (1931-1989) à qui est commun un certain amour-haine de leur pays qui s'exprime parfois par une dérision allant jusqu'au sarcasme.

La Littérature

D'expression allemande et fière de l'être, la littérature autrichienne se distingue néanmoins de celle du grand voisin et cousin allemand. Lorsqu'il se promène devant les rayons de la littérature germanophone des libraires français, le profane est étonné de voir qu'un nombre proportionnellement extraordinairement élevé des auteurs sont autrichiens…

Rainer Maria RILKE (1875-1926), Robert MUSIL (1880-1942), Stefan ZWEIG (1881-1942), Franz KAFKA (1883-1924), Georg TRAKL (1887-1914), Josef ROTH (1894-1939), Elias CANETTI (1905-1994), Peter HANDKE (*1942), aussi différents qu'ils soient l'un de l'autre, ont en commun une conception de l'Autriche qui fait qu'ils sont des compatriotes spirituels. En effet, l'Autriche c'est une idée, une philosophie, parfois un idéal, avant d'être un pays et c'est la littérature qui l'exprime mieux que quiconque.

Les Beaux-Arts

Peinture: Si l'on connaît, en France, désormais surtout les noms de Gustav KLIMT (1862-1918), d'Egon SCHIELE (1890-1918) et d'Oskar KOKOSCHKA (1886-1980), grâce notamment à la grande exposition « Vienne, Naissance d'un Siècle » au Centre Georges Pompidou en 1986, ce n'est pas parce qu'avant, la peinture n'aurait pas existé en Autriche. Des noms comme Wolf HUBER (1480/85 ?-1553), Paul TROGER (1698-1762), Martin Johann SCHMIDT (1718-1801), Franz Anton MAULBERTSCH (1724-1796), Peter FENDI (1796-1842), Jakob ALT (1789-1872), Ferdinand Georg WALDMÜLLER (1793-1865), Moritz von SCHWIND (1804-1871), Rudolf von ALT (1812-1905), Anton ROMAKO (1832-1889), Hans MAKART (1840-1884), Tina BLAU (1845-1916) et beaucoup d'autres sont moins connus en dehors de l'Autriche, mais ils ont jalonné le cours de l'histoire de l'art à travers les siècles et témoignent d'un talent ininterrompu depuis des générations. Mais il est vrai que ce style nouveau, le « Jugendstil » a quelque peu révolutionné la conception de l'art et comme dans beaucoup d'autres domaines, la Vienne du tournant du siècle a été à l'avant-garde des mouvements artistiques du vieux continent.

Dans la seconde moitié du XXè siècle, une nouvelle école, appelée les « Réalistes Phantastiques », sorte de prolongation du surréalisme, fit son apparition à Vienne avec notamment Rudolf HAUSNER (1914-1995), Wolfgang HUTTER (*1928), Anton LEHMDEN (*1929), Arik BRAUER (*1929), Ernst FUCHS (*1930) et Friedensreich HUNDERTWASSER (*1928) qui se démarqua très vite nettement de ce groupe et poursuivit une recherche plus personnelle, même si elle reste tout aussi onirique. Parallèlement, d'autres artistes représentent une tendance plus expressionniste tels que Josef MIKL (*1929) et Arnulf RAINER (*1929). Une nouvelle génération de peintres avec notamment Christian Ludwig ATTERSEE (*1940) a commencé à s'imposer dans les années 80 et 90.

Sculpture: Nombreux sont les artistes du Moyen Âge dont les œuvres nous sont parvenues, le plus célèbres d'entre eux étant sans aucun doute Michael PACHER (1435-1498 avec notamment le fameux retable de Sankt Wolfgang). L'un des artistes baroques les plus célèbres était Georg Raphael DONNER (1693-1741), dont l'une des œuvres majeures, la fontaine du Neuer Markt à Vienne, fait partie intégrante de l'image de la ville. Un autre sculpteur, Franz Xaver MESSERSCHMIDT (1736-1783) est surtout connu pour ses « Têtes de caractère » représentant des portraits de ses contemporains avec des grimaces particulièrement expressives. Au XXè siècle, des artistes comme Fritz WOTRUBA (1907-1975), Joannis AVRAMIDIS (*1922), Karl PRANTL (*1923), Alfred HRDLICKA (*1928), Andreas URTEIL (1933-1963), poursuivent la recherche de l'expression par la pierre.

L'Architecture

Comme mentionné dans l'introduction, le Moyen Age et le Baroque ont laissé des traces profondes dans le paysage autrichien. Anton PILGRAM (vers 1460-1515) a empreint de son sceau la cathédrale Saint Etienne à Vienne. Johann Bernhard FISCHER von ERLACH (1656-1723), Jakob PRANDTAUER (1660-1726) et Lukas von HILDEBRANDT (1668-1745), le premier au service de la Cour Impériale, le second à celui du clergé et le dernier pour la haute aristocratie sont les principaux architectes de ce qui devait devenir le baroque si typiquement autrichien.

Le XIXè siècle s'est surtout illustré par la reprise des styles anciens, notamment sur le Ring à Vienne, où Gottfried SEMPER (1803-1879) et Karl von HASENAUER (1833-1894, Burgtheater et Hofburg), August von SICCARDSBURG (1813-1868) et Eduard van der NÜLL (1812-1868, Opéra), Theophil von HANSEN (1813-1891, Parlement), Heinrich von FERSTEL (1828-1883, Eglise Votive et Université) et Friedrich von SCHMIDT (1825-1891, Hôtel de Ville) ont rendu hommage à l'histoire à travers l'imitation du passé. En réaction à ce retour, une nouvelle génération d'architectes se voulait résolument novatrice, avec notamment Otto WAGNER (1841-1918), Josef HOFFMANN (1870-1956) et surtout Adolf LOOS (1870-1933) qui prônait la suppression de tout ornement inutile.

Aujourd'hui des noms comme Clemens HOLZMEISTER (1886-1983), Gustav PEICHL (*1928), Wilhelm HOLZBAUER (*1930), Hans HOLLEIN (*1934) ainsi que le jeune groupe d'architectes COOP Himmelblau (avec notamment Wolfgang PRIX *1942) sont reconnus dans le monde entier.

L'Autriche et sa position dans le monde

Dès le lendemain de son indépendance retrouvée, l'Autriche a été et reste terre d'accueil pour les réfugiés en provenance des pays de l'est, fuyant l'oppression des régimes communistes (Hongrie 1956, Tchécoslovaquie 1968, Yougoslavie depuis les années 1990). Son statut de neutralité lui a valu également l'accueil de différentes rencontres au sommet durant la « Guerre Froide », telle que celle entre les Présidents américains et soviétiques Kennedy et Krouchtchev, puis Brejnev et Carter (accords SALT II.

L'Autriche est membre des Nations Unies dont elle héberge plusieurs organismes, notamment l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA - IAEA) et l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI - UNIDO). Vienne est ainsi, avec New York et Genève, la troisième ville de l'ONU. Vienne est également le siège de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe).